Les heures graves que nous vivons nous ont réunis comme rarement. La première force des rassemblements partout en France tenait à leur immense dignité, mais aussi à l’empathie et peut-être surtout à la fraternité qui régnait dans les cortèges. Se rassembler fraternellement autour de ce qui nous est commun est au fond si rare qu’on en sort tous un peu étonnés et peut-être transformés. Ephémère moment autour du commun ? Pas sûr. Les attentes sont multiples. Elles nous obligent. Vigilance, sécurité, bien entendu et sans angélisme. En même temps, il y a la liberté criée comme le bien le plus précieux. Et puis, il y a le vivre ensemble qui touche à la culture, aux cultures dans ce qu’elles ont de plus intense, de plus riche et indicible parfois. La parole, jusque-là trop contenue ou détournée par des amalgames simplificateurs et haineux, est en train d’éclore. Après la minute de silence, les bouches s’ouvrent et la tonalité des rassemblements n’avait rien à voir avec des appels à la haine et à la stigmatisation. Au retour de la marche de Paris et compte tenu de la diversité réelle des cortèges je pensais à un passionnant livre lu récemment : L’intelligence interculturelle de Michel Sauquet et Martin Vielajus (Editions Charles Léopold Mayer). Il nous dit combien la communication, l’échange entre les cultures et la compréhension de l’autre sont ce qui nous tient fondamentalement ensemble. Sortir de la « dépression française » dont parle Marcel Gauchet, c’est reprendre confiance en soi et aller vers l’autre. Et c’est sûrement parce que l’on va vers l’autre que l’on retrouve confiance en soi. Et comme hier, les autres du monde entier nous ont dit combien nous leur importions, la peur de l’autre devrait perdre du terrain
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Ouvrir le dialogue social
Une négociation interprofessionnelle se déroule en ce moment sur le renouvellement du dialogue social en France. Elément frappant, cette négociation a lieu dans une quasi indifférence. Tout juste a t-on un moment débattu publiquement de la question des seuils parce que cela intéressait (et intéresse toujours) le gouvernement en termes d’affichage. Les syndicats ont évoqué la question de la représentation des salariés des petites entreprises. Mais du contenu et des conditions du dialogue social, il n’est pratiquement pas question hors de quelques cercles experts tant du côté patronal que syndical. Bien entendu, une négociation ne se déroule jamais complètement à ciel ouvert, mais ses enjeux méritent pour le moins d’être partagés dans l’espace public quand ils touchent au modèle de dialogue social et à son rôle dans l’économie et la société. Or, la négociation d’aujourd’hui est par trop confinée. Elle ne s’alimente que faiblement des attentes et des pratiques. Il y a plus grave encore selon nous. Le dialogue social souffre en France d’un rétrécissement qui tient à sa faible relation avec les salariés eux-mêmes. Quand il est question de dialogue social, il n’est pratiquement jamais question du dialogue direct des salariés entre eux ou avec le management. Vieille question sans doute, mais qui se pose aujourd’hui avec plus d’acuité. Les syndicats, pour de bonnes et mauvaises raisons, ont trop souvent tenu à distance ces pratiques au nom d’une exclusivité de représentation. Quant aux directions, elles en ont fait des outils de communication quand ce n’était pas de manipulation. La résurgence en ce moment d’espaces de discussion sur le travail dans plusieurs entreprises mériterait d’être appréhendée avec un regard neuf par les acteurs sociaux tant patronaux que syndicaux. L’ANI sur la qualité de vie au travail de juin 2013 y faisait rapidement référence. Nous pensons à vrai dire que ces pratiques de dialogue direct excèdent la dimension QVT et mériteraient d’être envisagées à l’aune du dialogue social dans une acception étendue. C’est sans doute une des conditions pour que demain ce dialogue soit plus près du travail réel et des salariés eux-mêmes. Les syndicats auraient tout à gagner à participer au développement de ces pratiques en relation avec les instances de représentation. Pour l’heure, la négociation continue pour quelques temps encore. Son issue est incertaine. Et cela d’autant plus que ses enjeux n’ont guère été partagés.