La communication est d’abord une question sociale !

Sauf à considérer qu’il ne s’agit que d’outil et de transmission, toute la discussion actuelle sur le digital et son déploiement dans la société et l’entreprise nous ramène à la dimension sociale de la communication, c’est-à-dire au rapport à l’autre. Or, c’est cette dimension qui a été galvaudée et niée avec la com’ qui n’a quasiment eu comme seule finalité que de porter l’image de soi dans un singulier jeu de miroir, reproduisant le même, plutôt que d’affronter l’altérité. La fonction com’, ne l’oublions pas, est née en entreprise dans les années 80 dans les bagages des relations publiques et de la publicité avec une mission d’image bien précise : valoriser l’entreprise à travers de multiples actions, opérations ou supports tant internes qu’externes. Cette dimension a perduré dans les années 90 avec la communication « corporate », certes plus globale, plus sophistiquée, mais toujours fondée sur le paradigme de l’image, de l’image valorisante et flatteuse. Or, tant les transformations du travail, les mouvements à l’œuvre dans les organisations, la place du client font émerger chaque jour un peu plus la communication au sens d’interaction, de relation, de coopération. Bien loin à vrai dire des motifs dominants de la com’. Plus nous avançons dans l’entreprise, univers de services, y compris dans la sphère industrielle, plus nous identifions la part croissante de communication qui la constitue au plus profond. L’entreprise a plus qu’hier la forme d’un réseau ; son organisation est plurielle ; les interdépendances et les interfaces se multiplient… Tout cela fait croître la communication au sens d’interaction. Plus « ouverte », l’entreprise est en relation avec quantité d’acteurs, quantité de parties prenantes comme on dit, avec lesquels elle entretient des relations, des échanges, vit des conflits, des tensions, négocie en permanence. Bref, ça communique beaucoup plus. En interne, la dimension sociale de la communication est une réalité du travail au quotidien. A l’externe, la dimension politique de la communication s’étend, l’entreprise occupant des territoires autrefois dévolus au politique. Le digital s’inscrit dans cette transformation de la communication. Ceux qui voudraient penser et organiser le digital comme un outil de la com’ font fausse route et paradoxalement en ferait un obstacle à la communication. Ce qui advient avec le digital, même avec toutes ses scories, ne peut qu’accélérer la réflexion sur le sens avant tout social de la communication. Tant mieux.

Du « mouvement » à la « transition permanente »….

Il y a quinze ans déjà, Norbert Alter dans son livre L’Innovation ordinaire (PUF, 2000) caractérisait les transformations dans les entreprises par le terme de mouvement plutôt que par celui de changement. Il voyait à l’oeuvre non pas un changement marquant le passage d’un état stable à un autre, mais un « flux de transformations jamais vraiment terminées ». En résonance avec cette idée de mouvement, l’association Entreprise et personnel (EP) vient de publier, sous la plume de Sandra Enlart, sa note d’orientation pour les années 2015-2019. Intitulée La transition permanente, elle révèle bien cet état de mouvement continu affectant aussi bien les individus, le travail et les entreprisesUne situation qui devrait encore s’accentuer dans les années qui viennent. « Nous faisons l’hypothèse d’un monde du travail plus ouvert, plus divers, plus imprévu et donc plus dur pour les personnes moins bien préparées à vivre ces transitions », écrit la directrice d’Entreprise et Personnel. Un des marqueurs de cette transition est la digitalisation des entreprises. La poussée du numérique est un puissant accélérateur de mouvements, à la fois symptôme et catalyseur des transitions à venir. La note d’EP est une bonne synthèse prospective de ce qui attend les individus au travail et bien au-delà (attention, charge cognitive, santé…), tant les sphères professionnelles et personnelles s’interpénètrent désormais. Les principales questions qui se posent pour demain sont en réalité déjà là. Dans un univers plus internationalisé, éclaté et dérégulé que jamais, comment permettre à l’individu de trouver sa place, de comprendre et d’apprendre, comment retisser des liens pour faire société, comment revaloriser le travail…. Au fond, plus le mouvement et la transition sont rapides, plus les transformations s’enchaînent, plus il faut de la proximité, de la relation, de la négociation et de la communication. Or, disons-le, on est allé très loin dans le sens inverse ces dernières années et singulièrement dans le monde RH. Processus, procédures, normalisation, distance ont façonné le quotidien des entreprises avec les conséquences que l’on sait. EP en appelle aujourd’hui à un « réseau d’interlocuteurs au service des personnes ». A défaut de cette proximité et sans négociation au plus près des situations et des réalités sociales, la transition permanente risque d’accroître encore les inégalités et de laisser beaucoup de monde sur le bord de la route.