L’entreprise au défi du populisme

 

« La question sociale revient en force en Europe, car trop nombreux sont nos concitoyens exclus de la mondialisation ou inquiets de la révolution numérique. Pour faire reculer le populisme, nous devons traiter ces craintes. » C’est le Pdg de Michelin Jean-Dominique Sénard qui le dit avec une certaine gravité et un sentiment d’urgence qui n’ont pas été pour rien dans son engagement en faveur de la reconnaissance de l’objet social de l’entreprise partiellement reprise par la loi Pacte.

Cette question sociale est devant nous. Elle concerne tous les acteurs de l’entreprise, du management aux syndicats, des RH aux communicants. Sans oublier, au premier chef, les salariés. Cette question n’est pas abstraite. Elle est même très concrète quand on la relie avec la situation de l’emploi et, plus fondamentalement, du travail. Les enquêtes sur les conditions de travail et le management en France ne sont pas bonnes. En 2016, la Dares faisait état d’un recul de l’autonomie dans le travail et d’un niveau particulièrement élevé de contrainte physique. Le triple défaut de responsabilité, de subsidiarité et de proximité se paie depuis longtemps déjà au prix fort en termes de santé ou sous forme d’absentéisme qui atteint désormais des sommets. Il y a un problème lourd en France autour des conditions du travail, mais on le met souvent sous le tapis. On a du mal à en parler, à s’en parler. Problème de management, problème de relations sociales, problème de communication.

A l’heure où certains, à contre-courant de l’histoire, veulent encore réduire la communication dans l’entreprise à une simple fabrique de contenus uniformes pour «vendre » le discours de la marque aux salariés, on voit bien qu’un tout autre enjeu émerge autour de la qualité du travail, de la cohésion d’équipe et de la dynamique des transformations. Et cet enjeu appelle autre chose en termes de communication que les éternels éléments de langage et un marketing de contenus formatés. Ceux qui défendent avec obstination cette approche unidirectionnelle sont les mêmes qui nous vendaient, hier, la vision enchantée de la « com’ ». On sait ce qu’il en a été.

La façon dont l’entreprise envisage ses transformations et la part qu’elle consent à l’association directe des salariés dans le travail seront décisives dans les temps qui viennent. Décisives en termes de résultats, décisives surtout pour l’équilibre de la société tout entière. L’entreprise a connu une grande déformation avec la financiarisation qui a mis le social, comme le sociétal d’ailleurs, sous contrainte majeure. Elle a sa part dans la montée des populismes, mais en même temps demain elle ne sera pas indemne des périls et des violences qui en général les accompagnent.

La prise de conscience est encore faible, mais la bataille contre le populisme se mènera aussi, et peut-être même d’abord, au sein de l’entreprise. Jean-Dominique Sénard, manifestement, le pense avec quelques autres. Il faut pour cela un certain courage et ne pas céder aux sirènes de la facilité et des artifices. Le problème est que le capitalisme manque souvent de gravité et se contente des raccourcis, comme en témoigne aujourd’hui une certaine conception de la « com' ». Le pire n’est pourtant pas certain. Dans une récente enquête Malakoff Médéric/ Harris Interactive (juin 2018), 76% des dirigeants considèrent que le rôle social de l’entreprise sera majeur à l’avenir. Un début de lucidité bienvenu.

 

 

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