Vive le social!

Si Mai 1968 nous travaille encore et garde une forte résonance, c’est parce que le social a occupé la première place à l’époque en secouant la société française dans ses profondeurs. L’économique et le politique ont été, un temps, débordés par une attente de changement peu commune. Elle venait non pas des élites, non pas des acteurs politiques, non pas des intellectuels, mais de la jeunesse et du cœur de la société salariale. Cette déferlante, même contenue par la suite, a changé la donne. Cette irruption, même récupérée ou détournée a porté loin et reste comme une balise dans nos mémoires collectives.

De ce « moment 1968 », il reste une prise de parole fulgurante sur des sujets qui n’ont pas pris une ride. Le travail d’abord. « On ne veut pas perdre sa vie à la gagner», entendait-on alors dans les usines. Le travail aujourd’hui est plus que jamais en transformation et l’on voit bien qu’au delà de l’emploi, le sens de ce que l’on fait au travail est au centre de nos préoccupations. L’égalité des hommes et des femmes ensuite. Les femmes prenaient la parole dans les AG du mouvement et la question de la « libération sexuelle » était posée sans détours dans la société. La place des femmes et l’égalité entre les sexes est encore, et toujours, d’actualité. La croissance enfin. On ne parlait pas d’écologie, mais le questionnement de la finalité du modèle économique était au centre des débats. C’est encore, et sans doute même plus, le cas aujourd’hui face aux dégâts environnementaux du développement économique.

Patrick Viveret a raison de dire que « les questions soulevées par Mai 1968 sont devant nous ». Ces questions sont des questions proprement sociales au sens où elles concernent notre vie en société. Bien sûr, elles sont de nature politique et économique, mais ce que 1968 nous a enseigné, c’est qu’il est essentiel que les gens s’emparent de ces questions longtemps confisquées par les dirigeants économiques, politiques, voire religieux. Et le moins qu’on puisse dire est que la bataille autour de cette confiscation n’est pas terminée. Il n’est que de voir ce qu’a produit la contre-révolution conservatrice et libérale des années 1980 et suivantes pour mesurer l’enjeu social qui est devant nous au sujet du travail, de l’égalité et de l’écologie.

Au fond, la politique n’a de sens véritable qu’en relation avec le social. De même pour l’économique. Et l’on sait bien que c’est là que le bât blesse, car le social ne va pas sans contre-pouvoirs. Contre pouvoirs syndicaux, contre-pouvoirs associatifs, contre-pouvoirs coopératifs. La confiscation au nom de la rationalité économique ou politique est monnaie courante dans notre société, même quand elle se prévaut de la modernité. Le pouvoir prétend souvent représenter seul l’intérêt général, niant au fond qu’il y ait conflit de logiques dans la société. Or, ce conflit est fondamental pour faire avancer le cours des choses.

Il a fallu en 1968 une effraction sociale d’un certain type. Cela a permis notamment  la création de la section syndicale dans l’entreprise et surtout le fantastique développement de la vie associative en France. Il faudra demain sans doute de nouvelles formes d’intervention sociale. On voit qu’aujourd’hui certaines s’épuisent à force de répétition. D’autres naissent dans le cours d’un mouvement social dont les contours se renouvellent à travers des expérimentations, des pratiques alternatives, une envie de « faire ». Le social existe dès qu’il y a le goût du collectif. En 1968, des millions de personnes l’avaient retrouvé et l’ont dit haut et fort.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s