Pour en finir avec une conception punitive du social…

Il y a dans les événements récents matière à réflexion et surtout action sur le social, c’est-à-dire la façon de vivre et de travailler ensemble dans notre société. Qu’il s’agisse de la relation entre l’économique et le social, des effets identitaires d’une mondialisation mal vécue ou des dérives des continents politiques vers l’autoritarisme, on voit bien que le social est au centre de tout.

Ce qui vient de se passer aux Etats Unis avec l’élection de Trump, mais aussi ce que nous connaissons en Europe et tout particulièrement en France témoignent du très fort sentiment de déclassement d’une part importante de la population. L’économiste Eric Maurin a écrit en 2009 un petit livre au titre prémonitoire : La peur du déclassement. Une sociologie des récessions (Le Seuil). Cette peur qui, pour certains, est devenue réalité n’a depuis cessé de grandir alimentant frustration, colère et rage politique. Quand par ailleurs ce déclassement craint ou vécu rencontre le terreau des identités religieuses radicales, la perte de repères pour les uns et la folie destructrice pour d’autres est à son comble. Nous y sommes.

C’est le cœur de la société qui est touché et le grand problème est que nos dirigeants économiques et politiques sont hors sol par rapport à cette situation. Deux éléments parmi d’autres dans l’actualité en témoignent. Dans  Les Echos du 9 novembre 2016, un article indique presque banalement que « le salaire des PDG des 120 plus grosses entreprises cotées à Paris a connu une hausse record l’an dernier. Selon les calculs publiés par Proxinvest, il a augmenté de 20 % pour atteindre 3,5 millions d’euros en moyenne ». Ces rémunérations délirantes ont-elles un rapport quelconque avec une amélioration de notre situation ? Elles traduisent surtout la dramatique déconnexion de la logique patrimoniale vis-à-vis du cours du monde. Autre actualité qui n’est pas sans lien avec la précédente, les programmes des candidats de droite à la primaire fondent sur le social avec une gourmandise qui frise l’indécence (35h, retraite, emplois, etc…), comme s’il fallait d’abord punir par ordonnances ou décrets une société de quelques-uns des droits de ses salariés avant même de chercher à négocier des transitions ou des adaptations. Et la gauche dite de gouvernement n’a en vérité pas su poser le diagnostic, ni dire le chemin nécessaire pour l’avenir ensemble. Sa frilosité et une certaine fascination néo-libérale l’en ont empêchée.

Le danger des temps que nous vivons tient en grande partie au fait que le bien commun est le moindre des soucis de trop d’acteurs économiques ou politiques. Ils servent des intérêts limités, mais puissants. Depuis trente ou quarante ans, les changements se font pratiquement sans récit et sous contrainte. Un certain cercle de la raison impose ses lois et ses règles à une société qui n’a qu’une seule chose à faire : s’adapter ou disparaître. Cette manière de gérer l’économique et le social de façon punitive a non seulement produit des dégâts, mais continue de prospérer en dansant sur le volcan. Comme si de rien n’était. Or, nos dirigeants ont oublié que c’est la société qui fait l’économie et non pas le contraire. Il arrive que la société se rappelle à eux avec violence dans la rue ou dans les urnes.

Aujourd’hui, nous avons sans doute besoin comme en 1945 d’un moment refondateur pour poser les bases d’un contrat politique, économique et social. Il se fera en grande partie autour d’une évaluation nouvelle du travail et de sa dimension proprement éthique (cf. le livre Rendre justice au travail de Mathieu de Nanteuil, Puf). Tout le monde sait ou sent bien qu’il faut bouger, mais encore faut-il que la justice soit au rendez-vous de la transformation. Le sentiment de déclassement est avant tout, ne l’oublions pas, un profond sentiment d’injustice. Avons-nous, aurons-nous les forces politiques, économiques, syndicales à la hauteur de cette refondation ?

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